SAPELA : Une,première. Merci à Marie et Valérie pour leurs superbes photos.
|
|
Catherine de Médicis à la rencontre de Nostradamus
La véritable histoire qui sert de base à la Reconstitution Historique
Après la paix
d'Amboise, le 19 mars 1562, qui promulgua un édit permettant aux protestants le
libre exercice de leur culte, la reine-mère, Catherine de Médicis, organisa un
véritable « tour de France «, à la fin du mois de février 1564, accompagnée du
jeune roi Charles, alors âgé de quatorze ans, du duc d'Anjou (le futur Henri
III), du duc d'Alençon, et également du petit cousin Henri de Navarre (le futur
Henri IV).
Catherine de
Médicis voulait réconcilier les Français autour de la royauté. Car quelques
années auparavant, de nombreux troubles avaient eu lieu, notamment en Provence,
entre Papistes et Huguenots, c'est-à-dire entre les catholiques
traditionalistes et les partisans de La grande tournée
du royaume que firent Catherine de Médicis et Charles IX passa par les villes
de Troyes, Bar-le-Duc, Mâcon, Lyon et Valence. Le « train royal » les
conduisit, le 23 septembre, aux portes d’Avignon où eut lieu, le lendemain,
leur entrée solennelle. La caravane royale quitta Avignon le 16 octobre 1564. Il avait été prévu
que Le cortège royal alla dîner à Château-Renard et coucher dans la ville natale de Nostradamus, à Saint-Rémy-de-Provence. Le lendemain, 17 octobre, le cortège royale s’arrêta à Salon. Nostradamus avait composé, au nom des habitants de la ville, des inscriptions latines de bienvenue, que nous retrouvons dans l'Almanach pour 1565. La caravane royale fit son entrée dans la ville, par le portail Saint-Lazare, escorté par de nombreux seigneurs de la Cour. Depuis un mois, les
Consuls avaient préparé la réception du roi. A cause de la peste, épidémie
provoquée semble-t-il, par la putréfaction des cadavres que l'on avait laissés
pendus aux arbres, et qui avait éclaté pendant l'été, la ville était en partie
déserte. Des émissaires furent envoyés dans les petits bourgs voisins pour
obliger les habitants qui avaient déserté, à réintégrer leurs foyers. Les
salonnais furent ainsi contraints de retourner chez eux, et de préparer leurs
maisons pour le logement de toute la cour.
Sur le parcours du
cortège royal, depuis la porte d'Avignon jusqu'au Château de l'Empéri, on orna
les rues de banderoles, et on avait dressé quelques simples arcades, revêtues
de branches de buis. Les chemins avaient été empierrés ; de la lavande et de la
branche odorante du romarin, jonchaient sur le sol. Quant aux bourgeois
salonnais, ils avaient drapé les façades de leurs maisons de leurs plus belles
tapisseries. Puis les cloches se
mirent à sonner à l'entrée du jeune monarque. En tête du cortège, Charles IX
apparut, revêtu d'un manteau de velours violet, cousu et parfilé d'argent, la
tête coiffée d'une sorte de béret également violet, empanaché de blanc et
entouré d'une rivière de diamants de toutes tailles disposés par ordre alterné.
Il avait autour du cou une collerette à deux rangs de dentelles, sur laquelle
se balançaient deux gros diamants suspendus aux oreilles par des chaînettes
d’or. Il avançait, chevauchant un cheval, somptueusement habillé de manteau
gris, harnaché de velours noir à franges d'or. Par sa grâce et sa
jeunesse, le roi devait certainement plaire aux Salonnais, lesquels
l'acclamaient, rangés de chaque côté de la rue. Ce furent les
autorités consulaires de Salon, qui l'accueillirent à la porte principale, sous
un poile de damas violet & blanc.
Le premier Consul,
Antoine de Cordes, avait prié Michel de Nostredame de se joindre à la
délégation municipale, puisque ce dernier avait le grand honneur d'être connu
et estimé de la reine-mère ; mais l'astrologue salonnais avait modestement
refusé de faire partie du comité d’accueil et auprès du premier Consul, « son
singulier et intime ami », nous confie César. Il avait préféré se mêler à la
foule et assister comme elle à l'auguste cérémonie. Lorsque le cortège
passa devant la maison de Nostradamus (aujourd'hui, au n° 11 de la rue
Nostradamus), Antoine de Cordes et les consuls de la ville, montrèrent l'
astrologue du doigt à Sa Majesté. Le roi s’arrêta pour le saluer, et Michel,
tout en s’inclinant, prononça subitement cette astucieuse expression
vraisemblablement empruntée d'un poète latin : Vir magnus bello, nulli pietate secundus On pourrait
traduire la première partie de ce vers par : « Homme grand à la guerre ». Mais
on peut aussi bien traduire la seconde partie par « que nul ne peut dépasser
par la piété » ou, plus subtilement : « que sa piété ne rend agréable pour
personne ». Puis, Michel se
retourna vers la foule et ne pût s'empêcher de proférer assez haut, en latin,
ce reproche proverbial : O ingrata patria, veluti Abdera Democrito ! « Ô patrie qui est
ingrate pour moi, comme Abdère le fut pour Démocrite ! » Nous savons que le
philosophe grec Démocrite avait été banni par les Abdéritains, mais les
Salonais ne se sont quand même pas comportés comme eux ; aujourd'hui, la ville
de Salon-de-Provence ne possède pas moins de trois statues de Nostradamus ! Charles IX et
Catherine de Médicis ont certainement voulu connaître la raison de cette pique
faite aux habitants de Salon, car il voulait certainement dire : « Ô terre
ingrate, à quoi je donne quelque renom, vois l’état que le Roi daigne encore de
moi ». Nostradamus n'avait pas oublié que peu d'années auparavant, il fut
traité d'hérétique et de sorcier par des Salonnais fanatiques. L'auteur de « Ce qu'il disait
sans doute assez ouvertement en ce peu de mots, contre le rude & incivil
traitement que certains séditieux mutins, gens de sac & de corde, bouchers
sanguinaires & vilains Cabans avaient fait à lui, qui donnait tant de
gloire à son pays. » Alors que le peuple
restait papiste partout, les bourgeois et les humanistes se reconnaissaient
volontiers dans le Calvinisme ; ainsi, Nostradamus était regardé comme suspect
par la plupart des Salonnais, et ceci explique pourquoi il se plaint amèrement
de ses concitoyens dès 1552, dans son Traité des Fardements les appelant «
bêtes brutes, et gens barbares, ennemis mortels de bonnes lettres, & de
mémorable érudition ».
Nous avons vu précédemment
que les « Cabans », ces paysans de la campagne salonnaise, fanatiquement
attachés à la foi catholique, s'étaient mis en tête de maltraiter, vers le mois
de mai 1560, tous les suspects de luthéranisme. Et Nostradamus fut inquiété, à
tel point qu'il songea quitter Salon pour s'établir à Avignon. On trouve
confirmation de l'appartenance de Michel de Nostredame à la religion réformée,
dans une lettre datée du 15 juillet 1561, et adressée à son ami intime Laurent
Tubbe Pomeran. Cette adhésion de
Nostradamus au parti des Huguenots n'est pas aussi récente qu'on a voulu le
faire croire. Lorsqu'il demeurait à Agen, dès 1534, des religieux du couvent
des Franciscains de la ville déposèrent contre lui, lors d'une enquête menées
dans cette ville par l'Inquisiteur de Toulouse, du 6 mars au 30 avril 1538.
Nostradamus aurait prononcé, en leurs présences, des propos franchement
luthériens. Poursuivons notre
description de la visite royale. Charles IX, en
assurant Nostradamus de son estime particulière, lui exprima le plaisir qu'il
aurait s'il l'accompagnait jusqu'au Château. Le cortège se remit alors en route
et Michel, sous les regards des Salonnais, marcha à côté du cheval du roi, la
tête découverte, avec son bonnet de velours d'une main, et s'appuyant de
l'autre sur une canne d'un « gros & très beau jonc marin d'Indie emmanché
d'argent ... parce qu'il était quelquefois tourmenté de ceste fâcheuse douleur
de pieds que le vulgaire appelle gouttes », conduisit Charles IX au Château,
que l'archevêque d'Arles avait mis à la disposition de Le cortège parvint
jusqu'aux portes du Château, et, dans la propre chambre royale, Nostradamus
s'est entretenu assez longuement avec ce jeune Roi et sa mère. L'ambassadeur
d'Espagne, don Francès de Alava, qui accompagnait la suite royale lors de ce
voyage à Salon rapporte que la reine-mère, lorsqu'elle parlait du prophète
provençal, « avait l'air aussi pénétrée que si on lui avait cité Saint Jean ou
Saint Luc. » Le même jour,
Catherine de Médicis profita de la présence de Nostradamus pour l'interroger
sur la destinée de son plus jeune fils, Alexandre, duc d'Anjou. Le prophète,
après avoir regardé le prince, annonça à la reine que son enfant succéderait un
jour à son frère sur le trône de France, ce qu'il advint sous le nom d'Henri
III. La prédiction ne semble pas aussi évidente qu'à priori, étant donné le
jeune âge de Charles IX.
Cependant,
Nostradamus avait remarqué la présence du jeune Henri de Béarn, tout juste âgé
de 11 ans, qui était accompagné de son précepteur. Rappelons que c'est à la
mère de ce prince, Jeanne d'Albret, que Nostradamus avait dédicacé vers 1545
son Interprétation des hiéroglyphes de Horapollo. Nous pouvons
admirer au Musée de Sur cette peinture,
un enfant nu se tient debout au centre de la toile ; il s'agit du futur Henry
IV. Le personnage à la longue barbe, qui pose sa main droite sur la tête de
l'enfant, est sans doute notre médecin-astrologue. A gauche, c'est la
reine-mère, assise, qui observe la scène avec une attention soutenue. Derrière
Catherine de Médicis, le roi Charles IX, entouré de quelques sujets, contemple
avec le même intérêt son cousin. Au fond, la cheminée Renaissance nous permet
de reconnaître la salle du Château de l'Empéri, où Charles IX et sa mère
accordèrent leurs audiences, en y recevant notamment Nostradamus. Mais il
semble que ce soit là le seul aspect vraisemblable de l'événement peint. En effet, il est
douteux que Nostradamus, très prudent dans tous ses textes destinés à la
publication, ait prédit, en présence de la reine-mère, le couronnement prochain
du jeune prince de Béarn ! Alors, doit-on attribuer, une fois de plus, à la
légende dorée de Nostradamus cette consultation du futur Henri IV ? Il est
probable qu'il y ait eu confusion avec l'examen d'un autre enfant, le duc
d'Anjou, frère du roi Charles IX. Selon plusieurs
recoupements, il semble qu'un rendez-vous fut pris secrètement avec le
précepteur du jeune Henri de Navarre dans la maison de l'ami et neveu par
alliance de Michel, Pierre Tronc de Coudoulet, afin de ne pas éveiller les
soupçons de Catherine de Médicis. Après avoir examiné l'enfant, le docteur
Nostradamus dit au gouverneur : « Si Dieu vous fait grâce de vivre jusque là,
vous aurez pour maître un Roi de France et de Navarre. » Cette anecdote est
rapportée par le chroniqueur Pierre de l'Estoile dans ses précieux
Mémoires-Journaux, précisant : « Laquelle histoire prophétique le Roi a depuis
raconté fort souvent même à Charles IX n'avait
que quatorze ans, et personne ne pouvait prévoir qu'il mourrait sans enfant,
dix après, comme aussi, plus tard, le duc d'Anjou, son frère, et la branche des
Bourbons allait remplacer celle des Valois, en 1589. Une autre anecdote, rapportée par plusieurs chroniqueurs, met en scène le même futur Henri IV. Un peu avant d'arriver à Salon-de-Provence, la caravane royale s'était arrêtée à
Marseille et
A Arles,
Nostradamus annonça à Catherine de Médicis que sa fille, la reine d’Espagne,
était enceinte. A cette époque, des crises de goutte commenceront à tourmenter plus souvent et plus régulièrement Michel Nostradamus, et sa santé s'affaiblira rapidement. Mais il vivra encore deux ans entouré de la considération de ses concitoyens, lui, le petit-fils d'un marchand juif de céréales. |